Luis Bruni & Pascale Coquigny  Luis Bruni et Pascale Coquigny




 L’Académie Esprit Tango
 Les pratiques
 Cours et stages de Pascale Coquigny et Luis Bruni
 Tous les cours de l’Académie
 Contact
 Lettre d’information



 Luis Bruni
 Pascale Coquigny
 Maestros


Priorités de l’enseignement - Tango Fusion - Technique de saut - Travail chorégraphique - Stages d’enseignement du tango


El Pibe Palermo - El Turco Jose - La milonga « traspié » - Les piliers du tango - Liens - Murga portègne


Vidéo « Two for tango »


El Farolito (France) - Ouest France - Delo (Slovénie) - Explore Dance (USA) - El Tangauta - Elle - Elle à Paris - Guide Balado - Juste Debout - La Salida (France) - Libération - Tango Noticias (USA) - Toutango

 

English

 

El Turco Jose

Rencontre avec el Turco Jose

Un soir de printemps 1996, je pratiquai avec Graciela Gonzalez à la Galeria del Tango Argentino. A une table sur les côtés il y avait un monsieur qui nous regardait, il observait avec attention ce que nous faisions. Au bout d’un moment Graciela s’approche pour me le présenter et l’invite à nous montrer un pas. A peine avait il commencé à marcher qu’immédiatement je me rendais compte qu’il s’agissait d’un grand danseur. Avec un calme surprenant, d’une simplicité de mouvement il fit un changement de direction qui me laissa bouche bée. Ce que je ne savais pas, c’est que ce monsieur était l’une des personnalités les plus importantes du quartier de Villa Urquiza. C’était le célèbre Turco José. Pour les connaisseurs, le style de tango de Villa Urquiza est d’une finesse extrême. C’est un style raffiné et subtil. Les clubs de Villa Urquiza furent source d’inspiration pour un grand nombre de danseurs des années 1940 - 1950. El Turco Jose est l’un des représentants les plus fidèles de cette époque.

(JPEG)
El Turco Jose & Nely

Un mois plus tard, il donnait des cours avec sa femme Nelly à la Galeria del Tango Argentino où je l’avais rencontré. Ce fut une expérience importante pour moi car jusqu’à ce moment là je m’étais contenté du style du centre, un style où les danseurs sont bien proches, petits pas et mouvements coupés. C’était comme reprendre à zéro. Nous étions tous des danseurs professionnels ou confirmés dans ce premier cours pourtant il choisit de nous enseigner une simple salida. Une salida comme jamais je n’en avais vue, le pas de côté paraissait éternel, avec son pied gauche il caressait le sol d’une manière si délicate ! Il me semble que ce jour là je découvrais le rituel du tango ! Chaque cours était unique, on travaillait des marches tellement subtiles, caressant le sol, travaillant la cadence et les mouvements du corps, jusqu’aux figures les plus complexes du tango.

Les cours n’étaient pas suffisants pour satisfaire mon besoin d’apprendre et ma curiosité à connaître ce personnage. Il ne correspondait pas du tout aux autres personnages du milieu : discret, réservé, fin, beaucoup de culture, avec une recherche constante de la perfection. A cette époque il était peintre en bâtiment, c’est Nelly, sa femme, qui m’expliquait comme il était fascinant de le voir peindre. Le temps qu’il prenait pour préparer le mur, le travail du pinceau, avec la même qualité et finesse que lorsqu’il dansait. C’est un monsieur avec un grand respect pour la danse classique. Il m’a confié un jour qu’il aurait aimé être danseur classique mais dans les années 40 les préjugés étaient forts. Je pense que le fait d’être danseur classique professionnel moi même a renforcé notre amitié. Souvent on se retrouvait chez lui avec Nelly et sa plus jeune fille Laura au 4000 rue de Cordoba. Nelly était d’origine afro-argentine c’est avec elle que j’ai appris le rythme au sol de la milonga, elle avait le rythme et la cadence du candombe dans ses gènes. Avec Jose on passait des après midis ou des soirées à parler, à regarder des vidéos, à écouter de la musique. Il me racontait des anecdotes tout particulièrement avec le célèbre Milonguita son complice des pistes de danse, il sortait les albums photos. Et, venait le moment que j’attendais le plus, celui où je posais une question et la seule façon de répondre était de me montrer directement un pas, un mouvement, un geste, un moment formidable.

(JPEG)
Luis Bruni & El Turco Jose

Un jour Jose a demandé à Laurita (Laura) de jouer au piano « el sabado ingles » un tango de la vieille garde que j’aimais particulièrement. Nous nous sommes mis à le pratiquer. Quelle fut ma surprise quand plusieurs mois plus tard il me demandait si j’avais envie de présenter ce tango en public au Sunderland, l’un des salons mythiques du quartier de Villa Urquiza, rendez vous à l’époque des meilleurs danseurs. J’étais mort de peur, ce soir là Portalea faisait une démonstration, Jorge Dispari était le dj, dans le public il avait les plus grands, el Chino Perico, Carlito Perez & Rosa, Lampazo, Nelson. Moi qui avais l’habitude des plus grandes scènes internationales dans des théâtres remplis de milliers de personnes, cette nuit là, le Sunderland, club de sport transformé en salle de bal fut la plus terrifiante de toutes les scènes. Je revois ce moment comme mon baptême du tango. Les encouragements de Jose, de Portalea, m’ont fait comprendre que j’avais gagné le respect des aînés, quelle belle récompense !

Aujourd’hui el Turco Jose est à la retraite mais mon admiration et mon respect pour lui ne cessent de grandir, malgré la distance nous nous appelons régulièrement. Je me rends compte de la chance que j’ai eue de rencontrer ce personnage qui continue de m’influencer dans ma danse et ma réflexion sur le tango. Je sais qu’il restera gravé non seulement dans mon histoire et ma mémoire mais aussi dans l’histoire du tango.

Pascale Coquigny, Luis Bruni

 

Print    Top