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El Pibe Palermo

extrait de "Mémoires du Pibe Palermo, le dernier compadrito " de Luis Bruni

“ Che, Peti, prépare le mate qu’à quatre heures et quart je suis là”.

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À quatre heures tapantes, Palermo téléphone, devenu mon réveil quotidien et m’oblige à quitter le lit sans avoir dormi suffisamment, comme bon noceur que je suis. A peine ai-je finis de mettre la bouilloire sur le feu que la sonnette retentit et sa voix dans l’interphone qui me dit : " C’est Palermo, ouvre ". Je vais jusque la porte et il est là avec la même tête que d’habitude. Il me regarde, me salue avec une « compadrada » et son inégalable « corrida » et me dit : " Tu sais "retazo " (cette fois j’ai droit à être appelé « retazo » au lieu de Peti), j’ai pratiqué avec la Norma de nouveaux pas pour la Cumparsita". « Non ? » (Je me disais, mais cet homme n’arrête-t’il donc jamais de créer, c’est incroyable !)

Pendant que nous prenons le maté il suffit d’un souvenir du Pibe Palermo ou que je pose une question et nous voilà à remonter le temps, cela commence dans les années 20, dans le quartier de son enfance : Palermo, bien sûr.

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Ce quartier de Palermo que nous trouvons dans les livres de Jorge Luis Borges, cet ancien quartier qui a été le berceau de notre poésie citadine, un lieu de rencontre et d’histoires de maquereaux, de “compadritos”, de musiciens, de poètes et de danseurs, réunis dans des aventures historiques auxquelles José María Baña, dit "el Pibe Palermo" a participé. Une vision bien différente de celle de Borges qui lui a vu et décrit son quartier, prisonnier, derrière les grilles de sa maison et dans une bibliothèque pleine de livres anglais. Aujourd’hui Palermo nous raconte des histoires vécues avec les personnages qui font partis du paysage de son enfance et sa jeunesse, des histoires comme celle « d’un homme qu’on appelle el Negro Ortiz. "

El negro Ortiz raconté par Pibe Palermo

Il venait chez moi tous les jours à 14h30 pour rendre visite à sa chérie Ambrosia Lamadrid, surnommée “la grone” ». Elle fut la première repasseuse à travailler pour ma mère. On mettait des tangos et on dansait à en user le sol de la cour. Parfois il venait avec El pibe Plá, un type mince qui avait dansé avec le "Cachafaz" au cinéma Londres, malheureusement il était tombé d’un escalier et dans l’accident s’était fracturé la hanche, il s’en ait jamais vraiment remis. Un jour, alors qu’on dansait une milonga, bien candombeada , comme elle se doit d’être dansée, mon père passe et nous voit. Moi j’étais là, en train de bouger le corps comme un noir de plus aux côtés du noir Ortiz et el flaco Plá. Mon père se mit en colère après nous : “Arrêtez que le gamin est en train de danser comme un nègre ». El flaco Plá lui répondit : Laisse faire, le gamin sait ce qu’il fait ». Un jour, " el negro Miguel Ortiz" me dit : " Poroto (ils m’appelaient comme çà et moi j’avais depuis peu des pantalons longs), ce soir je passe te chercher, si tu veux, viens avec ton cousin Banchero on ira à la pratique avec Alfredo Nuñez. Il était l’ami et le successeur du célèbre " Pardo Santillán", plus d’un danseur célèbre à l’époque se défilait en le voyant ! La pratique se trouvait à l’académie Hidalgo au 780 de cette rue. Il y avait un orchestre avec deux bandonéons. C’était l’académie des « machos », une pratique d’hommes sauf pour la Peti qui avait été la compagne de Alfred Núñez. Un jour il m’a avoué qu’il était tombé amoureux de cette femme, pas pour sa beauté mais pour sa danse. Plus tard, avec les années j’ai fait une démonstration avec elle avec l’orchestre d’Agostino. Il avait raison le noir Núñez, quelle danseuse ! J’ai beaucoup dansé avec elle. Dans les pratiques il y avait coutume d’avoir une démonstration tous les jours mais entre hommes. Un jour c’était l’un, le lendemain c’était un autre, c’était comme çà. Ces pratiques étaient fréquentées par d’importants danseurs de quartiers différents : Luisito, el Cachafaz de Boedo, el Misto, el pibe Colon, Cabecita de Oro, y Miguelito Taboraro qui m’accompagnait.

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Malgré sa jeunesse, entre tous les importants représentants du tango el Pibe Palermo, était à la hauteur des grands, petit à petit il attira l’attention avec la rapidité de ses jeux de jambes et de ses pas surprenants

El Pibe Palermo nous a quitté le 28 septembre 2005 mais il restera toujours présent dans ma mémoire.

Luis Bruni

 

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